La Commission d’enquête parlementaire rend son rapport

Au Royaume-Uni, la commission d’enquête parlementaire a rendu public son rapport sur le scandale des écoutes téléphoniques opérées par News International, le groupe du magnat Rupert Murdoch, au terme de près de dix mois d’enquête.

Lors d’une précédente enquête, la Commission, composée de cinq députés travaillistes, cinq députes conservateurs et un député libéral-démocrate, s’était penchée sur des accusations d’écoutes téléphoniques par le tabloid hebdomadaire News of the World. La commission avait alors pointé du doigt l »amnésie collective » dont semblait souffrir les témoins travaillant à News International (et qui insistaient sur le fait que les écoutes illégales n’étant l’oeuvre que d’un seul employé malhonnête) ainsi que la Metropolitan Police pour n’avoir pas mené de manière approfondie sa propre enquête sur ces accusations. Malgré certains témoignages, la commission n’avait pu prouver avec certitude qu’elle avait été sciemment induite en erreur par certains témoignages.

Cependant, selon le rapport, plusieurs évènements en 2011 ont changé la donne:

  • la suspension du directeur adjoint de la rédaction du News of the World Ian Edmondson pour son éventuelle implication dans les écoutes téléphoniques
  • la réouverture par la Metropolitan Police d’une enquête (Opération Weeting) sur les écoutes téléphoniques
  • l’annonce publique faite en Juillet 2011 par James Murdoch (fils de Rupert Murdoch et Président de News International) de la fin de News of the World, dans laquelle il reconnaissait que les écoutes n’étaient pas l’oeuvre d’un seul reporter.

Suite à ces évènements, la Commission a décidé de ré-ouvrir son enquête sur les écoutes téléphoniques et se focaliser cette fois sur la véracité des témoignages apportés lors de la précédente enquête.

Ses conclusions sont claires: News International a trompé la commission sur « la vraie nature et l’étendue des enquêtes internes qu’ils prétendent avoir menées dans le cadre des écoutes téléphoniques » et à chercher à « couvrir l’affaire » au lieu de sanctionner les coupables.

Mais ce qui  fait figure de bombe se trouve en page 70 du rapport:

la commission conclut que Rupert Murdoch n’a pas pris la peine de se tenir informé sur les écoutes téléphoniques et qu’il a « fermé les yeux » et « montré un aveuglement delibéré sur ce qu’il se passait dans ses companies et publications » . Elle estime donc que Rupert Murdoch n’est pas « apte à diriger un grand groupe international. »

Cet amendement a donné lieu à une opposition à l’intérieur même de la commission, les députés travaillistes et le député libéral-démocrate étant favorable à son ajout et les députés conservateurs s’y opposant.

La remise en question de l’aptitude de Rupert Murdoch « à diriger un grand groupe international » pourrait avoir des conséquences loin d’être négligeables:

  • cela pourrait pousser le conseil d’administration de News Corporation  à ré-éxaminer le maintien de  Rupert Murdoch à la tête du groupe
  • cela pourrait également pousser l’OFCOM, l’organisme régulateur à se demander si News Corp est « apte » à conserver son actionnariat sur BSyB (dont il détient 39%) et, par extension, si BSkyB peut conserver sa licence de diffusion.

D’autres enquêtes sont toujours en cours sur les écoutes téléphoniques illégales: l’opération Weeting, menée par la Metropolitan Police à Londres, une autre enquête par la Strathclyde Police dans la région de Glasgow ainsi qu’une vaste enquête publique mené par Lord Justice Leveson sur la culture, les pratiques et l’éthique dans les médias.

Pour aller plus loin:

  • Le dossier complet dans le Guardian (qui avait révéler toute l’affaire)
  • Le rapport de la commission d’enquête en anglais en format PDF
  • Les auditions de la commission d’enquête parlementaire (en anglais)