La droite forte…mouahahaha!!!

Guillaume Peltier, que l’on ne présente plus,  et Geoffroy Didier, coordinateur de la cellule « ripostes » (à l’efficacité nullissime) pendant la présidentielle 2012, ont décidé de présenter leur propre motion lors du congrès de l’UMP en novembre 2012. Initialement appelée « la droite forte – génération Sarkozy », la motion est devenue « la droite forte » (mouahaha). Ce dernier n’avait visiblement pas apprécié « l’hommage », selon le Canard enchaîné du 19 septembre 2012. Cela n’empêche pas Peltier de se revendiquer de la « génération Sarkozy » dans les médias (ironique, quand on s’intéresse d’un peu plus près à sa carrière politique).

Sur leur site internet de la droite forte (mouahaha), les deux compères ont décidé de publier chaque semaine un thème décliné en 10 points, en commençant par un classique des campagnes 2012: la lutte contre les fraudes et l’assistanat.

L’article commence par citer un rapport de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale de juin 2011, qui estime à 20 milliards le montant des fraudes sociales. Il s’agit là d’une estimation à la louche:  « le Conseil des prélèvements obligatoires et l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale font état d’une fraude comprise entre 8 milliards d’euros et 15,8 milliards d’euros pour les prélèvements, et la Cour des comptes estime que la fraude aux prestations est comprise entre 2 milliards d’euros et 3 milliards d’euros », que le rapporteur a choisi d’arrondir à 20 milliards. Ce chiffre n’a rien de tangible mais il a le mérite d’être un chiffre rond et est plus simple à manipuler utiliser qu’un calcul réel.

Survolons cette obsession de vouloir mélanger fraude et assistanat et intéressons-nous aux propositions de la droite forte.

Je passe sur l’aspect hautement populiste de la 1ère mesure (supprimer à vie les allocations sociales pour tout fraudeur récidiviste).

La 2e mesure concerne la création d’un fichier national unique de lutte contre les fraudes. Ah, la droite et son syndrome « big brother »! Selon la droite forte (mouahaha), cela permettrait de « coordonner le travail des inspecteurs » et « de faciliter l’interconnexion des fichiers ».

La législation actuelle permet à des agents assermentés et agréés de procéder à des enquêtes administratives couvrant plusieurs administrations, le tout sous strictes conditions. C’est sans doute cet encadrement qu’ils voudraient supprimer? Et puis faciliter l’interconnexion de quels fichiers? Ceux des prestations sociales avec ceux de la police?

3e mesure: soumettre le versement de toute allocation sociale (RSA, minimum vieillesse…) pour les étrangers aux conditions suivantes: avoir travaillé, cotisé et habité au moins 10 ans en France.

De quels étrangers parlent-ils? UE? Hors UE?

Plusieurs mises au point sont nécessaires. Tout d’abord, le minimum vieillesse n’existe plus depuis 2006. Il a été remplacé par l’ASPA, l’allocation de solidarité aux personnes âgées. J’y reviendrai plus tard pour la 7e mesure.

Quant au RSA, les conditions d’attributions sont disponibles ici.

Cette 3e mesure n’est pas sans rappeler une porosité certaine aux idées du FN, que l’on retrouve dans la 4e mesure, la Carte vitale sécurisée biométrique. Cela renvoie aux fameuses « 10 millions de cartes vitales frauduleuses », chiffre absurde sorti par Marine Le Pen en juillet 2011 dans un entretien à France-Soir puis en septembre 2011 sur BFM TV, avant d’avoir l’honneur de la rubrique Désintox dans Libération.

La 5e mesure est d’un opportunisme confondant: on n’a jamais entendu la droite se plaindre que Total (par exemple) ne payait pas beaucoup d’impôts. Ou alors en période électorale. Et pas fort.

6e mesure, la suppression de la CMU. La droite forte (mouahaha) affirme qu’ « un bénéficiaire de la CMU dépense plus de 20% de plus qu’un affilié au régime de base ».  D’ où sort ce pourcentage? Aucune source n’est fournie (c’eût été trop beau). Et ce chiffre de 6 milliards? Là encore, aucune source fiable. Néanmoins, il s’agit (par le plus grand des hasards bien évidemment) du même chiffre fourni par  l’IFRAD (Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) , un think-tank de droite. Pour arriver à ce chiffre de 6 milliards, ils se sont basés sur des chiffres fournis par la CNAM en 2000 et en ont tirés leurs calculs. Encore une fois, évaluation à la louche de compétition.

Chose promise, chose due, je reviens à l’ASPA  (Allocation de solidarité aux personnes âgées)  pour la 7e mesure: la droite forte (mouahaha) veut supprimer l’ASPA pour les étrangers qui n’ont pas travaillé en France et veut imposer d’avoir « travaillé et cotisé en France pendant au moins 10 ans » et de « justifier de conditions de résidence stables sur le territoire national ».

Ben ça tombe bien, c’est déja le cas: le demandeur doit avoir son domicile habituel en France ou séjourner plus de 6 mois (ou 180 jours) en France au cours de l’année civile de versement de l’allocation.  S’il n’a pas la nationalité française, il doit soit détenir depuis au moins 10 ans d’un titre de séjour autorisant à travailler, soit être réfugié, apatride, bénéficier de la protection subsidiaire ou avoir combattu pour la France ou soit être ressortissant d’un État membre de l’Espace économique européen ou suisse.

Mesure n°8:  supprimer l’AME en la réservant aux stricts cas d’urgence . Bon on la supprime ou on la réserve aux stricts cas d’urgence, faudrait vous décider. Là encore, la droite forte (mouahaha) pioche dans le répertoire du FN: un amendement déposé par Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen vise justement à supprimer l’AME. L’aide médicale de l’État (AME) est un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins, sous réserve de remplir certaines conditions . Autre manipulation grossière: l’opposition entre le coût de 588 millions d’euros pour 220 000 bénéficiaires en 2011 et celui de 75 millions en 2000, sans pour autant indiquer le nombre de bénéficiaires. On trouve également un article sur l’AME sur le site de l’IFRAD. Quelle coïncidence.

La 9e mesure vise principalement les fonctionnaires, là encore obsession de l’IFRAD qui milite pour supprimer le statut de fonctionnaire, et qui sont également la cible du FN.

Enfin (oui je sais ça a été long), 10e et dernière mesure de la semaine: imposer fiscalement les revenus de l’assistance par un forfait symbolique. Bref, la droite forte (mouahaha) veut taxer les très faibles revenus. Dans un « souci de justice », je suppose?

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Stop Motion Jenga

Appareil utilisé: Pentax K-X

Objectif: 18-55

La vidéo ci-dessus est composée de 164 photos et a nécessité environ 2h, ce qui inclut la préparation, la prise de vue en elle-même et le montage de la vidéo.

Si le stop motion vous intéresse ce tutoriel en 4 parties, réalisé par deux professionnels, est un bon point de départ. Ensuite, il vous suffit de vous lancer, d’essayer et d’apprendre de vos erreurs (cadrage, éclairage, fluidité…), comme cette vidéo:

Alors que revoilà Guillaume Peltier…

Le Lab Europe 1 a publié une interview de Guillaume Peltier dans le cadre d’une série consacrée aux jeunes politiques, de gauche comme de droite.

Après sa défaite (pas la première, ni la dernière probablement) aux Législatives en Juin dernier, Guillaume Peltier avait annoncé son intention de se présenter à Tours aux élections municipales de 2014. Nul doute qu’il va se servir de cette interview pour tenter de lisser son image, d’apparaître comme plus présentable. Quitte à passer un peu trop rapidement sur certains aspects de son parcours politique.

Guillaume Peltier a toujours eu du mal avec son passé frontiste, comme quelque chose de pas totalement assumé. Il avait également parlé de son engagement au FN comme d’une erreur de jeunesse et récidive d’ailleurs dans l’article du Lab: « En 1997, alors que j’étais un adolescent révolté, j’ai milité pour le Front National« . Petit rappel, Guillaume Peltier est né en 1976. Il avait donc 21 ans en 1997. Un peu vieux pour un adolescent.

Dans le document de Serge Moati sur les Législatives 2012, on le voyait affirmer qu’il n’avait passé que quelques mois au Front National. Dans l’article du Lab, il déclare avoir milité au FN à partir de 1997 avant de le quitter après avoir « été écoeuré par les idées portées par ce parti, ses dérapages et ses méthodes » et passe directement à son engagement auprès de Philippe de Villiers en 2001.

Ah non, c’est un peu court, jeune homme (Rostand, si tu me lis…).

Petit retour sur la période 1996-2001.

Ainsi donc l’adolescent révolté d’une vingtaine d’années qu’il était intègre le Front National de la Jeunesse (FNJ) . Dans le même temps il participe à la fondation de l’association Jeunesse Action Chrétienté, engagée contre le PACS et l’IVG. Il devient l’adjoint de Samuel Maréchal à la tête du FNJ.

Dans l’émission « On n’est pas couché », diffusée sur France 2 le 23 Janvier 2007, il avait déclaré être parti  « à cause du 2e détail que [Le Pen] a prononcé à Munich fin 97 début 98, j’ai quitté le parti de Jean-marie Le Pen à ce moment-là. » là encore, inexact: Le Pen a ressorti le « détail » à Munich le 5 Décembre 1997 mais Peltier n’a quitté le FN qu’à l’été 1998 (soit bien après les Régionales de Mars 1998) pour rejoindre le MNR et assister au congrès fondateur du parti à Marignane en Janvier 1999.

Voilà pour la période que Guillaume Peltier aimerait bien passer sous silence.

Guillaume Peltier au MPF

Grâce à ces liens avec Ichtus (anti-PACS et anti-IVG, entre autres), proche de son association J.A.C., il rencontre Guillaume de Villiers qui lui présente son père, Philippe de Villiers, qui le nomme responsable des jeunes au MPF en 2001. Il se présente aux législatives de 2002, échoue avec 2.89% des voix et est condamné à un an d’inéligibilté par le Conseil Constitutionnel, saisi par la Commission Nationale des comptes de campagne. Devenu secrétaire général du parti en 2004,  il conduit la liste MPF pour la circonscription Massif Central-Centre aux Européennes de 2004 et recueille 6.62% des voix (donc aucun élu), ce qu’il se garde bien de mentionner dans l’interview du Lab. Il omet également de mentionner qu’il n’était pas simplement porte-parole de Philippe de Villiers lors du référendum de Mai 2005 mais également directeur de campagne, et rempile pour la Présidentielle de 2007. La campagne lui permet de faire le tour des plateaux télé, autant d’occasions pour lui de fustiger… Nicolas Sarkozy et les sondages (savoureux lorsqu’on connaît la suite de sa carrière politique).

Sur les sondages: « Les sondages se sont toujours plantés, il y a toujours des gens pour y croire » On n’est pas couché – France 2 – 23 Janvier 2007

Sur Sarkozy:  » Personne n’agit parce que Nicolas Sarkozy ne veut pas agir. Il a donné le pouvoir au sein du Culte français du culte musulman à l’UOIF, aux Frères Musulmans […] Il a été le ministre de l’illusion et de la désillusion. Nicolas Sarkozy est un communautariste alors même que Philippe de Villiers est sans doute le dernier aujourd’hui à défendre les valeurs de la République. » Les grandes gueules – RMC – 26 Mars 2007

Retour sur l’interview du Lab. Là encore, il passe rapidement sur ses échecs électoraux de 2007-2008:  il mentionne certes les législatives de 2007 (mais oublie son score de 5.92%) mais zappe totalement les élections municipales (8.44%) et cantonales (21.87%) de 2008.

Réalisant sans doute que l’étiquette MPF ne lui permettra pas de gagner, il quitte le parti en 2008 et rejoint l’UMP de Nicolas Sarkozy (« le ministre de l’illusion et de la désillusion ») en 2009. Chargé de la communication de l’UMP 37, battu (certes de justesse) aux cantonales de 2011, il devient le Monsieur Sondages (« Les sondages se sont toujours plantés, il y a toujours des gens pour y croire« ) de l’UMP en 2012.

Voilà toutes les contradictions que Guillaume Peltier a tenté de passer sous silence dans cette interview donnée au Lab. Il se présente comme un homme de valeurs, de convictions. Coïncidences, alors, ses départs successifs:

  • du FN après les régionales de 1998?
  • du MNR après le naufrage du parti?
  • du MPF après les échecs électoraux de 2007-2008?

Et maintenant la création du mouvement « La droite forte » en vue du congrès de l’UMP cet automne. Une manière de se ménager une porte de sortie au cas où?

Pour aller plus loin:

La Commission d’enquête parlementaire rend son rapport

Au Royaume-Uni, la commission d’enquête parlementaire a rendu public son rapport sur le scandale des écoutes téléphoniques opérées par News International, le groupe du magnat Rupert Murdoch, au terme de près de dix mois d’enquête.

Lors d’une précédente enquête, la Commission, composée de cinq députés travaillistes, cinq députes conservateurs et un député libéral-démocrate, s’était penchée sur des accusations d’écoutes téléphoniques par le tabloid hebdomadaire News of the World. La commission avait alors pointé du doigt l »amnésie collective » dont semblait souffrir les témoins travaillant à News International (et qui insistaient sur le fait que les écoutes illégales n’étant l’oeuvre que d’un seul employé malhonnête) ainsi que la Metropolitan Police pour n’avoir pas mené de manière approfondie sa propre enquête sur ces accusations. Malgré certains témoignages, la commission n’avait pu prouver avec certitude qu’elle avait été sciemment induite en erreur par certains témoignages.

Cependant, selon le rapport, plusieurs évènements en 2011 ont changé la donne:

  • la suspension du directeur adjoint de la rédaction du News of the World Ian Edmondson pour son éventuelle implication dans les écoutes téléphoniques
  • la réouverture par la Metropolitan Police d’une enquête (Opération Weeting) sur les écoutes téléphoniques
  • l’annonce publique faite en Juillet 2011 par James Murdoch (fils de Rupert Murdoch et Président de News International) de la fin de News of the World, dans laquelle il reconnaissait que les écoutes n’étaient pas l’oeuvre d’un seul reporter.

Suite à ces évènements, la Commission a décidé de ré-ouvrir son enquête sur les écoutes téléphoniques et se focaliser cette fois sur la véracité des témoignages apportés lors de la précédente enquête.

Ses conclusions sont claires: News International a trompé la commission sur « la vraie nature et l’étendue des enquêtes internes qu’ils prétendent avoir menées dans le cadre des écoutes téléphoniques » et à chercher à « couvrir l’affaire » au lieu de sanctionner les coupables.

Mais ce qui  fait figure de bombe se trouve en page 70 du rapport:

la commission conclut que Rupert Murdoch n’a pas pris la peine de se tenir informé sur les écoutes téléphoniques et qu’il a « fermé les yeux » et « montré un aveuglement delibéré sur ce qu’il se passait dans ses companies et publications » . Elle estime donc que Rupert Murdoch n’est pas « apte à diriger un grand groupe international. »

Cet amendement a donné lieu à une opposition à l’intérieur même de la commission, les députés travaillistes et le député libéral-démocrate étant favorable à son ajout et les députés conservateurs s’y opposant.

La remise en question de l’aptitude de Rupert Murdoch « à diriger un grand groupe international » pourrait avoir des conséquences loin d’être négligeables:

  • cela pourrait pousser le conseil d’administration de News Corporation  à ré-éxaminer le maintien de  Rupert Murdoch à la tête du groupe
  • cela pourrait également pousser l’OFCOM, l’organisme régulateur à se demander si News Corp est « apte » à conserver son actionnariat sur BSyB (dont il détient 39%) et, par extension, si BSkyB peut conserver sa licence de diffusion.

D’autres enquêtes sont toujours en cours sur les écoutes téléphoniques illégales: l’opération Weeting, menée par la Metropolitan Police à Londres, une autre enquête par la Strathclyde Police dans la région de Glasgow ainsi qu’une vaste enquête publique mené par Lord Justice Leveson sur la culture, les pratiques et l’éthique dans les médias.

Pour aller plus loin:

  • Le dossier complet dans le Guardian (qui avait révéler toute l’affaire)
  • Le rapport de la commission d’enquête en anglais en format PDF
  • Les auditions de la commission d’enquête parlementaire (en anglais)